Principe et méthodes
Sommaire
Recenser les avalanches
EPA - CLPA et la gestion du
risque : pourquoi s'intéresser aux
événements passés ?
Méthodes et
produits
Commanditaires et prestataires
Recenser
les avalanches
Fin du XIXe siècle :
arbres abattus, constructions endommagées, routes
coupées, morts… Les avalanches font
énormément de dégâts et de
victimes. Paul Mougin, Ingénieur des Eaux et
Forêts, souhaite identifier ces problèmes pour
tenter de les résoudre. De leur connaissance
« scientifique », pense-t-il,
viendra la solution. Dans son esprit germe l'idée d'un système
général d'observation des avalanches.
1900
: une
chronique des événements avalancheux voit le jour
en Savoie, l'enquête permanente sur les avalanches
(EPA).
Reprise dans les années 20 dans les
départements
des
Alpes du Nord et des Hautes-Alpes, elle s'étend depuis 1965
à l'ensemble des massifs des Alpes et des
Pyrénées, sur un grand nombre de sites
sélectionnés. Même s‘il
existe de nombreuses
informations dans des archives historiques locales, l'EPA est
à
ce jour le seul dispositif régulier d'observation des
avalanches en France. Elle donne accès à un
inventaire,
le plus complet possible, des événements
d'avalanche
ayant eu lieu sur les sites observés pendant la saison
hivernale. 70 000 événements sont disponibles
grâce à cet inventaire pour le moins unique.
10
Février 1970 :
à Val d'Isère, une avalanche tue 39 adolescents
dans un
centre UCPA (Union des centres de plein air), sous tutelle de l'Etat. A
l'heure de l'essor des sports d'hiver, cette catastrophe bouleverse
l'opinion publique. Le gouvernement doit réagir. Une carte
inventaire de tous les sites d'avalanche est mise en place
sur
décision du Conseil des Ministres. La carte
de localisation des phénomènes d'avalanche (CLPA)
est née. Sur fond de carte au 1/25000, les emprises
maximales des avalanches connues sont reportées.
Véritables
enregistrements des savoirs locaux, l'EPA et la CLPA sont
basées sur l'observation des sites d'avalanches
et sur le
recueil de témoignages.
Toutefois leur utilisation connaît des limites : en effet, la
mémoire de certains événements est
imprécise ou perdue. Certains autres peuvent même
être totalement inconnus. De plus, des
événements
ne s'étant jamais produits jusqu'à maintenant
peuvent
survenir dans le futur ! Cependant, ce sont des outils indispensables
à la connaissance de l'aléa et la gestion du
risque,
même si ils ne sont pas suffisants pour
résoudre tous
les problèmes causés par les avalanches.
EPA – CLPA
et la gestion du risque :
pourquoi s'intéresser aux événements
passés ?
La gestion
du risque d'avalanche
implique la prise en compte de nombreux paramètres :
conditions d'enneigement, météorologie, relief du
terrain, ouvrages paravalanches, dégâts
humains et
matériels qui pourraient être
occasionnés…
D'une part, elle est basée sur la détermination
de l'aléa. Son estimation
repose bien souvent sur la mémoire collective. D'autre part,
la gestion du risque doit tenir compte des enjeux, qui peuvent
être humains ou matériels. Aléa
et enjeux sont difficiles à
évaluer, tant dans l'espace que dans le temps.
L'estimation de
l'aléa
est donc un élément clé de la gestion
du risque.
Mais dans le cas des phénomènes d'avalanche, il
n'existe
pas de formule mathématique qui permette de le calculer.
Aucun
modèle ne peut prédire ce qui peut se passer avec
exactitude, dans des conditions données. Les experts et les
gestionnaires du risque d'avalanche vont devoir baser leurs conclusions
sur des critères incertains.
Incertains certes, mais ayant le mérite d'exister...
Un
des
premiers éléments sur lequel s'appuyer est la connaissance
des événements passés.
En s'inspirant de situations ayant déjà eu lieu,
des
scénarios peuvent être envisagés. En
tant
qu'enregistrement des événements
passés, l'EPA et
la CLPA ont un rôle important à jouer. Ce sont de précieux
outils d'aide à la décision.
C'est pourquoi la consultation de l'EPA et de la CLPA est fortement
conseillée aux gestionnaires des risques d'avalanches. Mais
attention, la CLPA n'est pas une carte d'aléa.
Méthodes
et produits
- EPA
Le nombre
de sites pour lesquels est
réalisée l'EPA est limité. Souvent
facilement
observables, ils ont été choisis à
l'origine en
fonction des dégâts occasionnés en
forêt.
Aujourd'hui, ce sont plutôt les enjeux humains et la
connaissance
scientifique dans le temps des avalanches qui sont
privilégiés. Il y a environ 4200 sites
EPA, reportés sur les cartes
d'observation
de l'EPA. On trouve sur cette carte les zones observées et
les
endroits depuis lesquels les événements sont
observés. Des fiches de site
EPA donnant leurs caractéristiques principales et des photographies
des sites EPA permettent de préciser leur
localisation. Les informations sont mises à jour chaque
année.
Les agents de terrain de l'ONF
notent les
caractéristiques de l'événement dans
leur carnet d'avalanche,
chaque fois qu'une avalanche a lieu sur un site EPA : date,
enneigement,
altitude de départ, d'arrivée, type
d'avalanche…
Toutes ces informations sont reportées sur un avis
d'avalanche.
Celui-ci est envoyé au Cemagref qui saisit les informations
dans
une base de données. Plus de 70 000
événements sont aujourd'hui disponibles sur le
site que
vous consultez.
La
CLPA indique essentiellement les emprises des
avalanches,
c'est-à-dire les extensions maximales des
événements connus. Elle est mise à
jour chaque
année. Tous les dix ans, une enquête
récapitulative
de mise à jour plus approfondie est menée.
Les
informations sont collectées selon deux processus
indépendants :
Le recueil
de
témoignages :
une investigation très large est menée
à bien par
un enquêteur du Cemagref. Celui-ci prend des renseignements
auprès de la population et dans tous les documents les plus
accessibles (écrits, photographies, rapports,
études,
journaux, archives…). Les informations ainsi
récoltées permettent de délimiter les
emprises des
avalanches connues. Elles sont ensuite numérotées
et
accompagnées d'une fiche
signalétique
qui reporte les renseignements collectés comme la
localisation,
la date, le type d'avalanche… et permet ainsi un suivi du
témoignage à la cartographie.
L'interprétation
des
événements passés :
une photo-interprétation est
réalisée à partir de stéréophotographies
prises en été. Le chargé
d'étude CLPA y
cherche des « empreintes » d'avalanches :
trouée dans la végétation, arbres
cassés,
éboulis… Des indices, invisibles sur les
photographies
(trouée sous les arbres), vont être
recherchés sur
le terrain pour compléter les informations de la
photo-interprétation. Tous ces
éléments vont
être interprétés pour
déterminer l'emprise
maximale des événements ayant laissé
des traces.

Sur un fond de carte IGN 1/25 000,
les emprises maximales des événements sont
tracées, de couleur différente pour les limites
provenant
de l'interprétation des événements
passés
(orange) ou grâce au recueil de témoignage (rose).
On
trouve aussi sur la carte l'indication des dispositifs
fixes de protection paravalanche. Les cartes sont
accompagnées d'une notice
par massif PRA, qui fait la
synthèse des informations récoltées
à l'échelle d'un massif montagneux,
délimité géographiquement par
Météo France en vue de la prévision du
risque
d'avalanche (PRA).
Commanditaires
et
prestataires
La commande de
l'EPA et de la CLPA est confirmée depuis 2002 par le Ministère
de l'Ecologie, du Développement et de l'Aménagement Durables (MEDAD).
Celui-ci s'est engagé dans une perspective à long
terme.
Le MEDD confie
la réalisation de l'EPA et de la CLPA à deux
exécutants :
- Les
services de
terrain de l'ONF
(Office national des forêts). Ses agents territoriaux ont
pour
tâche de recueillir en permanence les informations sur les
nouveaux événements survenant et de les
consigner.
Une
unité de recherche du Cemagref
basée à Grenoble, est chargée de
coordonner et de
centraliser les informations récoltées pour
mettre
à jour les bases de données. Puis elle
réalise,
actualise les cartes et diffuse les informations.
En
ce qui
concerne l'EPA, le
Ministère finance d'une part le fonctionnement permanent
(observation de nouveaux événements), et d'autre
part la
rénovation jusqu'en 2006 du dispositif de l'EPA (mise
à
jour de la liste des sites observés, localisation sur
cartes,
mise sur Internet des résultats…).
Le
Ministère alloue un budget
pour la mise à jour annuelle de la CLPA. De plus, il
investit
pour la réalisation d'une enquête approfondie tous
les dix
ans. A cette occasion, les cartes sont
réactualisées et
les départements et les régions
concernés sont
sollicités pour participer au financement. Ainsi, de
nombreuses collectivités
locales ont
déjà
participé.