Les exemples suivants donnent une bonne idée de l'échelle du phénomène, des masses en jeu et des pressions qu'un bâtiment peut subir lors d'une avalanche coulante.


Témoignage de Gérald Maret, guide habitant du village
«Je n'avais pas vu ces conditions depuis que j'étais enfant, où on skiait jusqu'au village. Là, on a pu descendre à skis jusqu'au fond des vallées, en ayant tous les jours 20 à 30 cm de plus de poudreuse. On pouvait même skier dans des forêts très serrées. La neige montait gentiment. Une première avalanche est descendue jusqu'au-dessus du village. Celle-là, on ne l'avait jamais vue. En tout cas, nous, les jeunes. En discutant, les vieux nous ont dit qu'ils se rappelaient l'avoir vue. Mais leurs souvenirs étaient confus.
Il a continué à neiger. C'était vraiment de grosses chutes de neige. Le vendredi 19, on avait encore skié, avec une équipe de copains. Depuis Verbier, on skiait jusqu'au Chàble; après, on montait à Bruson et on skiait jusqu'à Sembrancher. C'était vraiment super. Et puis, en fin de journée, il a commencé à pleuvoir. À la dernière descente sur Sembrancher, on était trempé. La neige devenait lourde. Il s'est mis à pleuvoir, pleuvoir, pleuvoir! Quand je me suis levé, le samedi matin, c'était le déluge. Il pleuvait très haut, jusqu'à la limite de la forêt. On a annulé la sortie de ski prévue et on est rentré à la maison. Et là, on a commencé à se poser des questions.
Je me disais, quand même, avec toute la neige qu'on a, la neige qui continue de tomber en haut, et la pluie qui vient là-dessus, ça commence à devenir dangereux. Et puis déjà, dans le village, il y avait deux ou trois personnes qui commençaient à partir, pour aller habiter ailleurs, ou à aller dormir ailleurs. Ils revenaient la journée, mais ils dormaient autre part, la nuit. Tout le monde sentait que quelque chose allait arriver.
Ce jour-là, deux avalanches sont revenues, de nouveau à la hauteur du pont du village. Elles se sont arrêtées de 10 à 15 m du pont, mais leur masse était plus haute que le pont. Tous les gens de la vallée venaient pour voir ça. Les gens qui habitaient là autour avaient peur. Personne ne savait ce qu'il fallait faire.
Il a plu tout le samedi et toute la nuit jusqu'au dimanche. Et le dimanche, ça a continué. Les autorités communales se demandaient s'il fallait évacuer ou ne pas évacuer. Les gens avaient de plus en plus peur. Vers les 2 ou 3 heures de l'après-midi, il y a eu une nouvelle avalanche. Puis il y a eu l'avalanche à 5 heures, qui était vraiment grande et qui est passée par-dessus le pont, qui a détruit un garage et une maison, et qui est arrivée jusqu'à la laiterie et à la chapelle. Elle a coupé le village en deux. Alors là, c'était la panique. Et puis, il faisait toujours mauvais. Moi, j'étais chez moi; j'avais juste entendu qu'il y avait l'avalanche parce que tout le monde hurlait quand ça descendait. Je suis allé voir. Une maison était engloutie dessous. Les gens couraient dans tous les sens. La décision a été prise d'évacuer le village. La population, disséminée dans tout le village, passait sur l'avalanche qui était descendue pour évacuer les lieux. Et, soudain, on a eu une nouvelle alarme avalanche!
On était dans le bistrot, en train d'organiser l'évacuation. On a entendu: «Avalanche! Avalanche! » On est sortis. On entendait des cris, on percevait toute la forêt qui cassait. Un fracas métallique retentit. C'était les pylônes électriques qui s'effondraient. Il y a eu une grosse pluie, comme une mousson. Et on a vu arriver le front de l'avalanche. Il faisait 5 à 6 m de haut, suivait la route et avançait lentement. Il était à 20 m de nous. On courait devant, on s'arrêtait, on courait de nouveau. Des voitures ont été écrasées de tous les côtés. L'avalanche a suivi la route sur encore 200 à 300 m puis s'est arrêtée. On ne savait pas si les maisons du village étaient encore là, Il était 7 heures du soir, il faisait nuit.. »
Source: Robert Bolognesi "Attention avalanche !" Editions Nathan
En mars 2002, une visite du site
permet de constater que l'école et la fruitière
s'abritent dorénavant derrière la salle
polyvalente, sans
doute pour reprendre la devise du Marquis de Montalembert : faire face !

Si les avalanches coulantes, qui mobilisent de la neige humide, déplacent des masses de neige énormes, leurs mouvements sont "relativement" lents. En revanche, les avalanches coulantes de neige sèche sont des phénomènes rapides, qui peuvent être dévastateurs compte tenu de leur vitesse. De même, les aérosols apportent peu de matière mais les vitesses sont très rapides et les impacts très brisants. Par ailleurs, les hauteurs d'application sont beaucoup plus élevées que pour les avalanches coulantes.

Le 26 décembre 1993, une avalanche en aérosol frappe le hameau du Bourgeat aux Houches. La forêt est endommagée, environ 300 m3 de bois sont emportés, mais les troncs sont cassés surtout en partie haute. Deux pylônes EDF sont pliés par le souffle, mais là aussi dans la partie supérieure par un effet coup de fouet. Dans la colonie de vacances qui est sur la trajectoire de l'aérosol, les vitres sont cassées, mais parfois les châssis sont emportés, arrachés de leurs gonds, le vitrage restant intact : la vulnérabilité d'une ouverture tient non seulement à la qualité des vitrages, mais aussi beaucoup à la résistance des châssis à l'arrachement.


Le 8 février 1996, une avalanche d'une ampleur exceptionnelle frappe Arinsal dans les Pyrénées andorranes. Le témoignage de Jean François Meffre, responsable du service de surveillance des avalanches en Andorre, est sans doute la description la plus édifiante dont on puisse disposer sur l'effet du souffle d'une avalanche.
Témoignage de Jean François Meffre, responsable du service de surveillance des avalanches
« Fin janvier 1996, l'Andorre était déjà drapée dans un épais manteau blanc (1,50 m à 2 m à 2 000 m d'attitude). La couche de 60 cm de fraîche tombée le 21 janvier avait été suivie d'une série de précipitations faibles mais suffisantes pour retarder la consolidation du manteau neigeux. Début février, un flux de nord-ouest apporte une série de perturbations. Le 5 février, il tombe 20 cm de neige à Arinsal, puis 50 cm le 6. Après une brève accalmie, le matin du 7 la tempête reprend. Le vent souffle à plus de 1 00 km/h à 3000 m. Les bourrasques de neige interdisent toute circulation automobile dans les hautes vallées d'Andorre. Les chasse-neige ne peuvent plus circuler. La population n'avait pas vu une telle quantité de neige dans les villages depuis très longtemps. Le col d'Envalira (2400 m) est évidemment impraticable. Les villages du Serrat et de Canillo sont isolés. On commence à évacuer quelques petites habitations récentes. Les routes d'accès aux stations de ski de Soldeu et d'Arcalis sont fermées. Dans la nuit du 7 au 8, la tempête fait rage, de grosses avalanches se déclenchent, surtout dans le versant sud et sud-est. Vers 5 heures du matin, une grosse poudreuse partie de 2 700 m dans le versant sud des Planes balaie le parking désert de la station d'Arcalis, interdite au public.
L'ampleur du phénomène décide le service de surveillance des avalanches à conseiller l'évacuation d'un ensemble d'immeubles au fond de la vallée d'Arinsal, qui est dominé par un vaste cirque de même orientation et altitude que le précédent. L'opération concerne plus de trois cents personnes. Les responsables sont difficiles à joindre avant 9 heures; la décision n'est prise que vers 10 heures. Plusieurs immeubles construits dans les années 1980 sont directement exposés à l'avalanche des Fonts, et leur accès est menacé sur plusieurs centaines de mètres par trois avalanches.
Le premier couloir (Percanela) confirme nos craintes vers 10h30 une avalanche coupe l'unique route sur 100 m; par chance, personne n'est enseveli; la chaussée, recouverte de 4 m de neige et d'arbres entremêlés, ne peut être ni dégagée ni surmontée. L'évacuation est fortement ralentie : il faut faire un détour avec les chenillettes de la station, puis descendre à pied dans une pente raide à travers un chantier avant d'atteindre les autocars, qui attendent de l'autre côté de l'avalanche. Les pompiers et les policiers accompagnent les habitants et les touristes réunis par petits groupes. Il n'y a pas de panique, mais des discussions s'engagent car de nombreuses personnes voudraient emporter un maximum d'affaires. À 17h30, l'évacuation est terminée; deux policiers restent en faction à 500 m du couloir d'avalanche pour interdire l'accès de la zone menacée. À 19 heures, ils entendent un bruit d'ouragan et le fracas d'arbres brisés, puis le souffle fait déraper sur plus de 10 m leur gros 4 X 4 arrêté en travers de la chaussée. Le souffle survole le vieux village d'Arinsal, il est encore perçu à plus de 1 km du pied du couloir. La montagne a été clémente une fois de plus : elle a attendu que tout le monde soit à l'abri!
Au lever du jour, les dégâts apparaissent dans toute leur ampleur : ils sont considérables! On croirait arriver après un bombardement ou une monstrueuse tornade. Huit des onze immeubles évacués ont été endommagés par l'avalanche. Les centaines d'arbres emportés par l'avalanche ont agi comme autant de « béliers ». Les murs en brique ont éclaté, seuls ceux en béton et quelques-uns en pierre ont résisté. La neige a traversé certains immeubles de part en part, projetant meubles et gravats au pied des façades, arrachant même les interrupteurs électriques.
Le toit d'un immeuble de six étages situé sur la rive opposée au couloir a été emporté, et la moitié de ses baies vitrées et de ses cloisons ont volé en éclats. Le dépôt de neige permet d'entrer de plain-pied au deuxième étage. Plusieurs semaines après, on découvrira qu'au centre du bâtiment la dalle du premier étage a été soulevée jusqu'au plafond du deuxième (elle descendra doucement avec la fonte de la neige ... ).
Sous l'action du souffle, des voitures laissées sur le parking se sont télescopées; d'autres se sont enroulées autour des premiers pylônes du télésiège. Les pare-brise ont volé en éclats, les véhicules sont pleins de neige. Seuls deux petits immeubles avec un toit paravalanche, adossés contre le talus dans le prolongement de la pente, n'ont subi aucun dégât.
Cette avalanche n'était pas inconnue (c'est pourquoi la zone fut évacuée), mais aucun vivant ne lui avait jamais vu une telle ampleur. Les anciens du village se souvenaient de trois phénomènes. Après la dernière guerre, une avalanche de neige humide avait divagué à travers champs jusqu'au pied du torrent. Une autrefois, elle s'était arrêtée juste au pied de la cascade. La dernière avalanche en date, au début des années 1960, fut la plus importante : elle était partie sur toute la largeur du cirque et s'était étalée sur les prés de l'autre rive. Son dépôt avait complètement rempli le torrent, mais sa largeur faisait moins de 70 m d'après les photos aériennes. En 1996, son emprise dans la forêt a doublé! »
Source:
Robert
Bolognesi "Attention
avalanche !" Editions
Nathan

