Sites exceptionnels, environnements magnifiques, nos montagnes fascinent et attirent de plus en plus. Entre 1990 et 1999, la population montagnarde s'est ainsi accrue de 110 000 habitants. Et même si une commune sur deux, singulièrement les petites, continue de se dépeupler, de nouvelles zones de dynamisme se créent, particulièrement en haute montagne.
Dans ces régions, les avalanches constituent le principal aléa naturel contre lequel les hommes ont dû apprendre à se prémunir. L’engouement actuel conduit à construire sur des terrains autrefois dé-laissés compte tenu des risques encourus.
Les démarches prévention et protection initiées dès le xixème siècle ont vu la création du service restauration des terrains montagne l’organisation enquête permanente sur les avalanches puis d’une cartographie localisation probable de leur déclenchement préventif si nécessaire
Et pourtant, le 9 février 1999, à Montroc, sur la commune de Chamonix, l’avalanche de Pécleray touche 20 chalets, détruisant entièrement quatorze d’entre eux. Douze morts sont à déplorer. Au delà de l’émotion provoquée, cette catastrophe fut à l’origine d’une prise de conscience pour nombre de communes de montagne. Elle a permis un regain de la politique de prévention de ce risque.
Les populations en cause sont d’ailleurs d’autant plus vulnérables qu’elles n’ont pas toujours conscience de ce danger, surtout pour la partie d’entre elles qui ne résident dans ces vallées que temporaire-ment pour les sports d’hiver.
Il apparaît donc nécessaire d’apprendre à vivre avec le phénomène et de le prendre en compte de façon raisonnable et sûre, et notamment par des techniques de constructions appropriées.
La rédaction d’un guide méthodologique, synthétisant les pratiques actuelles de construction, et l’élaboration de dispositions constructives était proposée dans la réflexion de retour d’expérience de la «crue avalancheuse» de février 1999.
Nous souhaitons que ce guide permette aux particuliers comme aux professionnels du bâtiment d’apporter une attention particulière à la conception et à la construction en zone de montagne soumise aux avalanches.
| Le
Directeur Général
de l'Urbanisme, de l'Habitat et de la Construction |
Le Directeur de la Prévention des
Pollutions et des Risques, Délégué aux risques majeurs ![]() |
Depuis que les montagnes existent, quelques dizaines de millions d'années sans doute, il y a de la neige et il y a des avalanches. Depuis qu'il y a des hommes dans les montagnes, quelques dizaines de milliers d'années sans doute, ils subissent les avalanches.

Le vocabulaire l'atteste. Si on se
réfère au Robert, le Dictionnaire Historique de
la Langue Française, le mot français "avalanche"
est emprunté au franco-provençal avalanche,
attesté en 1487, et lui-même
croisement
de avaler (descendre,
dégringoler) et du terme alpin lavanche
qui correspond à l'ancien provençal lavanca, lié au latin labina (éboulement) de labi (glisser). On peut aussi noter que
le mot "avalanche" est le même en français et en
anglais.
La toponymie l'atteste aussi. Par exemple, en consultant "Les noms du paysage alpin", l'atlas toponymique d'Hubert Bessat et Claudette Germi, on se rend compte que l'avalanche a sans doute suffisamment préoccupé les hommes pour que les lieux le disent.
Extrait de "Les noms du paysage alpin", Atlas toponymique, Hubert Bessat et Claudette Germi
«Avalanche n'est pas la forme dialectale ou toponymique la plus courante en domaine francoprovençal ou occitan alpin, mais elle se rencontre néanmoins par suite de croisements avec les types lexicaux lavine, lavanche, lavange, lavenche, lavintse, valanche, élavantche. Le toponyme a hérité de ces mêmes formes outre celle du dérivé suffixé lavancher/lavinsti "lieu de passage de l'avalanche". Parmi les termes désignant les avalanches ou plutôt les couloirs d'avalanche dans nos dialectes alpins, seuls et lavancher appartiennent spécifiquement au champ sémantique de la neige. Les autres (couloir, drayère, chalanche, lanchier, chenal) relèvent du domaine du relief, avec les sens dominant "ravin en forte pente qui canalise aussi bien les coulées de neige que celles de boue ou que les éboulements rocheux".
Un phénomène atmosphérique comme la neige, même sous sa forme catastrophique qu'est l'avalanche, n'a pas un impact aussi fort sur le paysage que la morphologie du terrain et que l'érosion torrentielle : on ne s'étonnera donc pas qu'un terme polysémique comme couloir soit plus fréquent en toponymie qu'un mot qui évoque presque exclusivement la neige comme lavancher. La diffusion des toponymes Lavine, Lavenche, Lavancher, dans tout l'arc alpin n'en demeure pas moins remarquable, alors que les autres toponymes directement liés à des désignations dialectales de l'avalanche sont limités à des espaces restreints comme Drayères en Oisans, Arin (Combarin) dans les Alpes vaudoises, Comba (au sens d'avalanche) à l'est de la Vallée d'Aoste.»
Pour se défendre des
avalanches, les hommes ont invoqué les Saints : bien souvent
Saint Sébastien ou Saint Roch, mais aussi Sainte Anne et
quelques autres. En effet, il n'existe pas un Saint
spécifique de l'avalanche, et dans l'ensemble on invoquait
plutôt les Saints de la "mort subite", c'est à
dire la mort sans avoir reçu l'extrême onction,
des Saints qui servaient aussi pour toutes les autres catastrophes.
Mais aussi, depuis qu'au XIX° siècle, il avait neigé un 15 août à Rome, dans les montagnes on a beaucoup utilisé "Notre Dame des Neiges" qui protège "les affligés de la montagne" : par exemple à Val d'Isère, la très belle chapelle qui surplombe (et protège) le hameau du Joseray.



Pour se défendre des avalanches, les hommes ont aussi élaboré d'autres stratégies, des stratégies défensives de type quasi militaire, mais cela n'étonnera personne, dans l'histoire de l'humanité l'art religieux et l'art de la guerre ont bien souvent marché de pair.

Si on poursuit notre comparaison entre la défense contre les avalanches et l'art des fortifications, on trouvera sans doute des correspondances fécondes.
Une des premières réponses dans l'art de la fortification à l'invention de l'artillerie, a été de chercher à détourner les coups. On pourrait la qualifier d'un mot : "dévier". Cela a donné les premiers tracés bastionnés des ingénieurs italiens, tracés perfectionnés par la suite par un certain Sébastien Le Prestre, plus connu sous le nom de Marquis de Vauban.
Pour illustrer cette
stratégie dans le domaine de l'avalanche on peut citer
l'église de Vallorcine abritée
derrière sa "tourne" et
dont l'histoire mérite d'être connue.
Extrait de l'Histoire de Vallorcine……..
Isolés dans l'immense zone d'avalanches au sud de La Villaz et du Mollard, se dressent l'église et le presbytère, protégés par la "tourne". Cette situation est historiquement récente. Jadis, près de l'église, vers le midi se regroupait un village qui jouait le rôle de chef-lieu. Ce village a été détruit par l'avalanche du 5 mars 1674 et abandonnée. Pour en rappeler le souvenir, on planta une croix, là où se trouve encore le bassin aux hôtes (en dialecte le "bouillézante"). Mais le haut et le bas de la vallée ne purent s'entendre pour trouver un emplacement moins dangereux pour reconstruire le presbytère et l'église, entourée alors par le cimetière. Ils furent maintenus sur place. On les protégea en édifiant la "tourne", étrave de pierres, énorme rempart qui porte à l'amont la date de 1721. Protection efficace, car, dans l'hiver 1802-1803, l'église n'est pas touchée par une "avalanche qui tient toute la plaine de Vallorcine". Mais le 15 janvier 1843, une avalanche encore plus violente détruisit le clocher, décoiffa l'église et endommagea le presbytère. Il fallut renforcer la "tourne" l'été suivant, puis à nouveau en 1861 et même en 1953.


L'évolution suivante de
l'art
de la fortification peut être illustrée par le
Marquis de Montalembert, qui dans les onze volumes de La
Fortification Perpendiculaire parus de 1776 à
1796, illustrera plutôt un autre principe : "faire
face".

Fort Boyard, les forts de l'Eseillon en Haute Maurienne ou le fort de l'Enlon dans le Briançonnais, peuvent illustrer cette stratégie, que Mario Botta semble avoir reprise lorsqu'il reconstruisit en 1998 l'église de Mogno, à la place d'une église du XVII° qui avait été détruite le 25 avril 1986 par une double avalanche.



Mais quand l'artillerie progresse, que les canons sont rayés et que les boulets deviennent des obus, il n'est bientôt plus possible d'essayer de dévier ou de faire face, et il ne reste plus qu'une solution : "se défiler".

En France à la fin du XIX° siècle, le système Séré de Rivières, semi enterré, illustrera le propos.
Tout comme Christian Durupt qui en 1971 construisit à Rosuel, sur la commune de Peisey Nancroix, une des portes du Parc de la Vanoise.

Dévier, faire face, se défiler, trois stratégies qui ont été employés dans l'art du retranchement. Peut-on dévier ? Doit-on faire face ? Faut-il se défiler ?
Trois questions que l'on se pose lorsqu'on se préoccupe d'avalanches. Trois approches que l'on peut développer.
Il en est une autre qui a été proposée dans le guide "CONSTRUIRE EN ZONE BLEUE éléments et architectures pare-avalanche" rédigé à la fin des années 1970 par le CTGREF et le Groupe Espace : "l'avalanche passe dessous" avec ce commentaire "très conseillée, c'est la solution semble-t-il idéale".
Idéale sans doute, mais somme toute peu réalisée.
Extrait de CONSTRUIRE EN ZONE BLEUE (Document historique fin du XX° siècle)

En plus de cette "solution idéale", dans ce qui suit, on trouvera après un bref aperçu historique, des éléments sur le risque avalancheux et sur l'information disponible, puis une approche de l'impact des avalanches sur les constructions, des efforts qui en découlent et des réponses constructives qui peuvent être apportées. Enfin, une dernière partie présentera quelques réflexions d'urbanisme sur la question.
Tous les éléments présentés dans le présent guide ne sont pas à prendre comme un corps de connaissances définitif, comme une collection de recettes non plus, et encore moins comme un dogme intangible. Ces éléments ne sont en fait que le reflet d'une expérience accumulée.
[1] Pour satisfaire les gens soucieux de précision, en fait les montagnes existent depuis le refroidissement de la croûte terrestre il y a 4.6 milliards d'années mais vu la température et la composition de l'atmosphère de l'époque il n'y avait probablement pas de neige du moins au sens habituel. Les hominidés sont apparus il y a près de 3 millions d'années et l'homo sapiens sapiens, c'est-à-dire nous, il y a 80 000 ans lors de la dernière période interglaciaire Riss-Würm.